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Droit de la famille (divorce, succession)

Abattement de succession : 100 000 € par enfant, mais les donations peuvent réduire ce seuil

Élise de Montmirail 8 min de lecture
Abattement succession 100 000 € par enfant : documents et notaire

L’abattement de succession diminue la part soumise aux droits avant l’application du barème fiscal. Son montant dépend du lien de parenté avec le défunt et s’applique à chaque héritier, selon la part qu’il reçoit réellement. Pour un enfant, il atteint 100 000 € par parent. Ce seuil peut toutefois avoir été utilisé en partie par des donations consenties au cours des 15 années précédant le décès.

Comprendre ce que l’abattement retire réellement

Un abattement n’est ni une réduction directe des droits à payer ni une exonération générale. Il correspond à une somme déduite de la part taxable de chaque bénéficiaire. Les droits de succession sont calculés après cette déduction, puis selon un barème progressif.

Calcul des droits après abattement

Estimation indicative à partir de la part nette reçue et du lien avec le défunt.

Elles sont déduites de l’abattement correspondant.

Le calcul commence par l’évaluation de l’actif brut successoral, qui peut comprendre un bien immobilier, des comptes, des placements ou encore des véhicules. Les dettes admises au passif sont ensuite déduites. Le résultat correspond à l’actif net taxable. Celui-ci est réparti entre les héritiers selon leurs droits, puis chacun applique son propre abattement à la part reçue.

Un même patrimoine ne produit pas la même fiscalité

Deux enfants qui reçoivent chacun 150 000 € ne sont pas imposés sur la totalité de cette somme. Chacun retranche son abattement personnel de 100 000 €, ce qui laisse une base taxable individuelle de 50 000 €. À l’inverse, un neveu qui reçoit la même somme ne bénéficie pas du même seuil et peut supporter une taxation nettement plus élevée.

Il faut donc éviter de raisonner uniquement sur la valeur totale de la succession. La question utile est la suivante : quelle part nette revient à chaque personne, après prise en compte de son lien de parenté, de ses droits successoraux et des transmissions antérieures ? Cette approche permet de distinguer le patrimoine global de la somme réellement imposable pour chaque héritier.

Les principaux abattements selon votre lien avec le défunt

Les montants ci-dessous correspondent aux principaux abattements personnels applicables en matière de succession. Ils s’appliquent avant le calcul des droits et ne sont pas partagés entre les héritiers. En principe, chaque bénéficiaire dispose de son propre abattement, en fonction de sa situation.

Infographie sur l’abattement de succession selon le lien de parenté et la base taxable
Infographie sur l’abattement de succession selon le lien de parenté et la base taxable
Situation du bénéficiaire Abattement applicable Point d’attention
Enfant, père ou mère du défunt 100 000 € Applicable par bénéficiaire et par parent décédé
Petit-enfant 1 594 € Règles différentes en cas de représentation successorale
Frère ou sœur 15 932 € Une exonération totale est possible sous conditions
Neveu ou nièce 7 967 € La taxation est ensuite élevée
Arrière-petit-enfant 1 594 € Abattement limité hors mécanisme particulier
Autre héritier ou légataire 1 594 € Notamment pour les personnes sans lien de parenté proche
Personne en situation de handicap 159 325 € supplémentaires Peut se cumuler avec l’abattement lié à la parenté

Le conjoint et le partenaire de Pacs ne sont pas dans le même calcul

Le conjoint survivant et le partenaire lié au défunt par un Pacs sont exonérés de droits de succession. Il ne s’agit donc pas d’un abattement à déduire, mais d’une absence de droits à payer sur la part recueillie. Cette exonération ne s’étend pas au concubin. Même en cas de vie commune durable, une transmission entre concubins est généralement taxée au taux de 60 % après l’abattement de 1 594 €.

Calculer les droits après l’abattement, étape par étape

Une fois la base taxable déterminée, le barème dépend encore du lien de parenté. En ligne directe, c’est-à-dire entre un parent et son enfant, le tarif est progressif. Chaque tranche est imposée à son propre taux. La totalité de la part taxable n’est donc pas soumise au taux de la tranche la plus élevée atteinte.

Fraction de part taxable en ligne directe Taux applicable
Jusqu’à 8 072 € 5 %
De 8 072 € à 12 109 € 10 %
De 12 109 € à 15 932 € 15 %
De 15 932 € à 552 324 € 20 %
De 552 324 € à 902 838 € 30 %
De 902 838 € à 1 805 677 € 40 %
Au-delà de 1 805 677 € 45 %

Exemple avec un enfant qui reçoit 300 000 €

Supposons qu’un enfant recueille une part nette de 300 000 € et qu’aucune donation antérieure ne soit à prendre en compte. Après l’abattement de 100 000 €, sa part taxable s’élève à 200 000 €. Les premières tranches sont taxées à 5 %, 10 % et 15 %, puis le solde jusqu’à 200 000 € est imposé à 20 %. Les droits atteignent alors environ 38 194 €.

Le bon réflexe consiste à regarder la part qui dépasse réellement l’abattement, plutôt que la valeur du patrimoine familial dans son ensemble. Une résidence estimée à 600 000 € peut sembler élevée. Pourtant, si elle est détenue pour moitié par le conjoint survivant et que deux enfants se partagent le reste, chaque enfant ne reçoit pas nécessairement une base taxable importante. Le calcul par quote-part reçue évite de surestimer les droits dès le départ.

Donations antérieures et handicap : les situations qui changent le résultat

Une donation de moins de 15 ans peut réduire l’abattement disponible

Les donations consenties au même bénéficiaire au cours des 15 années précédant le décès sont prises en compte pour déterminer l’utilisation de l’abattement. Par exemple, un parent qui a donné 70 000 € à son enfant moins de 15 ans avant son décès ne laisse plus, en principe, que 30 000 € d’abattement successoral disponible pour cet enfant.

Il faut donc recenser les donations notariées, les dons manuels déclarés et les sommes enregistrées auprès de l’administration fiscale. Une donation oubliée ne disparaît pas du calcul fiscal. Elle peut modifier le montant d’abattement restant, la base taxable et les droits à régler.

Le cumul en cas de handicap

Une personne en situation de handicap peut bénéficier d’un abattement spécifique de 159 325 €. Pour cela, son handicap doit l’empêcher de travailler dans des conditions normales de rentabilité ou d’acquérir une instruction ou une formation professionnelle normale. Cet abattement se cumule avec celui lié au lien de parenté. Un enfant concerné peut ainsi déduire 259 325 € au total, soit 100 000 € au titre de la parenté et 159 325 € au titre du handicap.

Le handicap ne se présume pas automatiquement. Les pièces qui permettent d’établir la situation doivent être conservées. La déclaration de succession doit aussi être préparée avec soin, surtout lorsque plusieurs abattements ou exonérations peuvent s’appliquer en même temps.

Exonérations, déclaration et vérifications avant de payer

L’exonération supprime les droits dus, tandis que l’abattement réduit seulement la base imposable. Outre le conjoint et le partenaire de Pacs, un frère ou une sœur peut être exonéré sous certaines conditions cumulatives. Il doit notamment être célibataire, veuf, divorcé ou séparé de corps, avoir plus de 50 ans ou être atteint d’une infirmité, et avoir été domicilié avec le défunt pendant les cinq années précédant le décès.

Certains biens ou certaines transmissions peuvent aussi bénéficier d’une exonération totale ou partielle selon leur nature et les engagements pris par les héritiers. Les entreprises, certains biens ruraux, les bois et forêts, les monuments historiques ou les legs consentis à certains organismes peuvent relever de règles particulières. Ces régimes imposent souvent des formalités précises. Il faut donc vérifier les conditions applicables avant de les invoquer.

La déclaration de succession doit généralement être déposée dans les 6 mois du décès lorsque celui-ci est survenu en France. Si le défunt ou certains héritiers résident à l’étranger, le champ d’imposition dépend du domicile fiscal, de la localisation des biens et, le cas échéant, des conventions fiscales internationales.

Avant de signer la déclaration, vérifiez la valeur des biens, les dettes déductibles, les donations réalisées au cours des 15 dernières années et l’abattement attribué à chaque héritier. En présence d’un patrimoine immobilier, d’une famille recomposée ou d’une situation internationale, l’intervention d’un notaire permet de sécuriser le calcul et les formalités.

Élise de Montmirail

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