Litige avec un notaire : les 4 étapes pour formuler une réclamation ou une plainte
Un désaccord avec un notaire peut devenir une source d’angoisse, particulièrement lorsqu’il concerne une transaction immobilière, une succession ou des honoraires contestés. Face à une impasse, il est naturel de chercher à faire valoir ses droits. Le notaire étant un officier public et ministériel, la procédure pour contester ses agissements est strictement encadrée. Avant d’envisager une action judiciaire, il convient de suivre une hiérarchie de recours pour maximiser vos chances de résolution.
Étape 1 : La réclamation écrite préalable auprès du notaire
Avant toute démarche externe, la loi impose une tentative de résolution amiable avec l’étude concernée. Aucune saisine du médiateur n’est recevable sans la preuve d’une réclamation préalable restée infructueuse.

Formalisez votre démarche par écrit, idéalement via une lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou une lettre recommandée électronique (LRE). Ce support constitue une preuve juridique de votre démarche. Dans votre courrier, exposez les faits de manière factuelle, joignez les copies des documents justificatifs et précisez clairement vos attentes, qu’il s’agisse d’une rectification d’acte, d’un remboursement d’honoraires ou d’explications sur un blocage de fonds.
Le notaire dispose d’un délai de 2 mois pour vous répondre. Si, passé ce délai, vous n’avez reçu aucune réponse ou si celle-ci ne vous satisfait pas, la voie de la médiation s’ouvre à vous.
Étape 2 : Saisir le médiateur de la consommation du notariat
Si la réclamation amiable échoue, vous pouvez solliciter le médiateur de la consommation du notariat. Cette procédure est gratuite, confidentielle et indépendante de l’étude notariale.
Vous avez un délai d’un an, à compter de votre réclamation écrite, pour saisir le médiateur. Une fois votre dossier déposé, celui-ci dispose de trois semaines pour vérifier la recevabilité de votre demande. Si elle est jugée recevable, le médiateur tente de rapprocher les points de vue pour aboutir à une solution amiable. La proposition de médiation intervient généralement dans un délai de trois mois après la réception du dossier complet. Si le notaire refuse la médiation ou ne répond pas à la proposition sous 15 jours, celle-ci est considérée comme un échec, vous libérant ainsi pour d’autres actions.
La médiation ne cherche pas à désigner un coupable, mais à rétablir la communication là où le silence ou l’incompréhension ont installé le blocage. En clarifiant les obligations respectives, elle permet souvent d’éviter une escalade judiciaire coûteuse et incertaine.
Tableau comparatif des voies de recours
| Recours | Interlocuteur | Coût | Issue possible |
|---|---|---|---|
| Réclamation amiable | Notaire concerné | Gratuit | Résolution directe |
| Médiation | Médiateur du notariat | Gratuit | Accord amiable |
| Plainte disciplinaire | Chambre des notaires | Gratuit | Sanction professionnelle |
| Action civile | Tribunal judiciaire | Frais d’avocat | Dommages-intérêts |
Déposer une plainte disciplinaire auprès de la chambre des notaires
Si vous soupçonnez une faute déontologique, comme un manquement aux devoirs de probité, de diligence ou de secret professionnel, vous pouvez adresser une réclamation disciplinaire au conseil régional ou à la chambre interdépartementale des notaires dont dépend l’étude.
Depuis la loi du 22 décembre 2021 et le décret n°2022-900, la procédure est structurée. Pour que votre plainte soit recevable, vous devez fournir :
- Votre état civil complet.
- Les coordonnées précises de l’office notarial visé.
- Un exposé détaillé et chronologique des faits reprochés.
- Toutes les pièces justificatives (courriers, actes, relevés).
La chambre peut décider d’une tentative de conciliation ou, si les faits sont graves, saisir la chambre de discipline. Les sanctions peuvent aller du simple blâme à l’interdiction d’exercer, voire à la destitution.
Responsabilité civile et pénale : quand saisir la justice ?
Il est nécessaire de distinguer la faute déontologique de la responsabilité civile ou pénale, car les finalités diffèrent.
La responsabilité civile (article 1240 du Code civil)
Si la faute du notaire vous a causé un préjudice financier direct, comme une perte de chance ou une erreur dans un acte, vous devez engager sa responsabilité civile devant le tribunal judiciaire. Cette procédure nécessite l’assistance d’un avocat. Le but est d’obtenir une réparation sous forme de dommages-intérêts.
La responsabilité pénale
Si les faits sont constitutifs d’une infraction, telle qu’un faux en écriture publique, un abus de confiance ou une escroquerie, vous devez déposer plainte auprès du procureur de la République. Ce dernier décide de l’opportunité d’ouvrir une enquête pénale. Contrairement à la procédure disciplinaire, la plainte pénale vise à sanctionner le notaire par une peine, comme une amende ou une peine d’emprisonnement, indépendamment de l’indemnisation de votre préjudice.
Où trouver l’instance compétente ?
Pour identifier la chambre régionale ou interdépartementale dont dépend votre notaire, consultez l’annuaire officiel sur le site notaires.fr. Chaque département ou ressort de cour d’appel dispose d’une chambre compétente. En cas de doute, le service téléphonique Notaires Infos (08 92 011 012, 0,80€/min) peut vous orienter sur la procédure à suivre selon votre situation géographique.



