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Droit de la famille (divorce, succession)

Frais de succession du nu-propriétaire : un barème d’âge qui change la base taxable

Élise de Montmirail 8 min de lecture
Frais de succession nu-propriétaire : barème âge révolu 65 ans

Lorsqu’un bien est transmis en démembrement, le nu-propriétaire ne paie pas les droits de succession sur la pleine valeur du bien, mais sur la valeur fiscale de la nue-propriété reçue. Cette valeur dépend surtout de l’âge révolu de l’usufruitier au jour de la transmission. C’est le point à maîtriser pour évaluer le coût réel, éviter une erreur de calcul et savoir qui règle quoi.

Nu-propriétaire, usufruitier : qui possède quoi dans une succession ?

Le démembrement de propriété sépare un bien en deux droits distincts. L’usufruitier peut utiliser le bien, l’occuper ou en percevoir les revenus, par exemple des loyers. Le nu-propriétaire détient la propriété du bien, mais sans en avoir la jouissance immédiate. Il récupère en principe la pleine propriété à l’extinction de l’usufruit, souvent au décès de l’usufruitier.

Calcul des droits sur la nue-propriété

* L’âge retenu est l’âge révolu au jour de la transmission.
Valeur de la nue-propriété : 0 €
Valeur de l’usufruit : 0 €
Base taxable : 0 €

Cette séparation explique pourquoi les frais de succession du nu-propriétaire ne se calculent pas comme pour un héritier qui reçoit un bien en pleine propriété. Fiscalement, chaque droit a une valeur propre. L’usufruit vaut d’autant plus cher que l’usufruitier est jeune, car sa durée probable est plus longue. À l’inverse, la nue-propriété prend davantage de valeur lorsque l’usufruitier est âgé.

Le nu-propriétaire paie-t-il toujours des droits ?

Oui, si la nue-propriété lui est transmise dans le cadre d’une succession taxable, il peut devoir des droits de succession. Ces droits portent toutefois seulement sur la valeur de la nue-propriété transmise, après application des abattements prévus selon le lien de parenté. Un enfant, par exemple, bénéficie d’un abattement de 100 000 € sur la part reçue de chacun de ses parents.

Il ne faut donc pas confondre trois notions : la valeur vénale du bien, la valeur fiscale de la nue-propriété et la base effectivement taxable après abattement. C’est souvent à cette étape que les écarts d’estimation apparaissent, surtout lorsque le bien est important ou que plusieurs héritiers se partagent la transmission.

Le barème fiscal qui fixe la valeur de la nue-propriété

La valeur fiscale de l’usufruit viager et de la nue-propriété est déterminée par le barème de l’article 669 du Code général des impôts. Il s’applique notamment en matière de succession et de donation lorsque l’usufruit est viager. Le critère déterminant est l’âge révolu de l’usufruitier au jour de la transmission, pas son âge approché ni son année de naissance.

Âge de l’usufruitier Valeur de l’usufruit Valeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans 90 % 10 %
21 à moins de 31 ans 80 % 20 %
31 à moins de 41 ans 70 % 30 %
41 à moins de 51 ans 60 % 40 %
51 à moins de 61 ans 50 % 50 %
61 à moins de 71 ans 40 % 60 %
71 à moins de 81 ans 30 % 70 %
81 à moins de 91 ans 20 % 80 %
91 ans et plus 10 % 90 %

Pourquoi quelques années changent fortement la facture

Un usufruitier de 69 ans et un usufruitier de 71 ans n’entraînent pas le même résultat fiscal. À 69 ans, la nue-propriété représente 60 % de la valeur du bien. À 71 ans, elle représente 70 %. Sur un bien estimé à 300 000 €, cela fait passer la valeur fiscale de la nue-propriété de 180 000 € à 210 000 €, avant abattement. La différence est donc concrète : elle modifie directement la base de calcul des droits.

Il est utile de voir le barème comme un filtre fiscal posé sur la valeur du bien. La valeur vénale reste la même, mais l’administration ne retient que le droit transmis. Ce filtre applique une fraction différente selon l’âge de l’usufruitier. Pour le contribuable, l’enjeu est de ne pas raisonner en “maison à 300 000 €”, mais en “droit transmis sur une maison à 300 000 €”. Cette nuance évite de surestimer ou de sous-estimer les frais à prévoir.

Calculer les droits de succession sur la nue-propriété, étape par étape

Le calcul suit une logique simple : évaluer le bien en pleine propriété, appliquer le pourcentage de nue-propriété, déduire l’abattement applicable, puis appliquer le barème des droits de succession correspondant au lien familial. Le notaire sécurise généralement ce calcul dans la déclaration de succession, mais comprendre la méthode permet d’anticiper le montant et de vérifier la cohérence de la base retenue.

Exemple avec un enfant nu-propriétaire

Imaginons un bien immobilier évalué à 400 000 €. Le conjoint survivant conserve l’usufruit et a 76 ans au jour de la succession. Selon le barème fiscal, l’usufruit vaut 30 % et la nue-propriété 70 %. La valeur transmise aux enfants en nue-propriété est donc de 280 000 €.

S’il y a deux enfants, chacun reçoit une nue-propriété fiscale de 140 000 €. Après l’abattement de 100 000 € applicable entre parent et enfant, la base taxable de chacun est de 40 000 €. Les droits ne sont donc pas calculés sur 400 000 €, ni même sur 280 000 € pour chaque enfant, mais sur la part nette de chacun après abattement.

Exemple avec une donation avec réserve d’usufruit

La donation avec réserve d’usufruit fonctionne selon la même logique de ventilation. Le donateur transmet la nue-propriété tout en conservant l’usage du bien ou les revenus. Si un parent de 68 ans donne la nue-propriété d’un appartement de 300 000 €, la nue-propriété vaut 60 %, soit 180 000 €. Après l’abattement de 100 000 € entre parent et enfant, la base taxable est de 80 000 € pour l’enfant donataire, sous réserve des donations déjà consenties dans les 15 ans.

L’intérêt patrimonial est clair : la transmission est organisée sur une valeur réduite par rapport à la pleine propriété. Au décès de l’usufruitier, le nu-propriétaire récupère la pleine propriété par extinction de l’usufruit, sans nouvelle taxation sur la réunion de l’usufruit et de la nue-propriété lorsque le montage a été correctement réalisé.

Qui paie quoi entre usufruitier et nu-propriétaire ?

En matière de droits de succession, celui qui reçoit un droit taxable est concerné par le paiement correspondant. Le nu-propriétaire paie donc les droits attachés à la nue-propriété reçue, après abattement et application du barème. L’usufruitier, de son côté, peut être imposé s’il reçoit lui-même un usufruit taxable dans la succession.

Revenus, IFI et charges : ne pas mélanger les règles

Le nu-propriétaire ne perçoit pas les loyers tant que l’usufruitier conserve le droit de jouissance. Les revenus locatifs sont donc rattachés à l’usufruitier, pas au nu-propriétaire. Pour l’impôt sur la fortune immobilière, l’usufruitier est en principe redevable sur la pleine propriété du bien, même si des situations particulières peuvent demander une vérification au cas par cas.

Les travaux, charges et décisions importantes doivent aussi être regardés séparément de la fiscalité successorale. La vente d’un bien démembré, par exemple, nécessite l’accord de l’usufruitier et du nu-propriétaire. Le prix de vente est ensuite ventilé entre eux selon la valeur respective de leurs droits, sauf choix différent encadré juridiquement.

Le paiement des droits peut-il être différé ?

Dans certaines situations, le paiement des droits dus par le nu-propriétaire peut être différé, notamment lorsque la transmission porte sur la nue-propriété et que l’usufruit est conservé par une autre personne. Ce report suppose généralement des conditions et des garanties acceptées par l’administration fiscale. Il ne faut donc pas le considérer comme automatique.

Le délai de principe pour déposer la déclaration et payer les droits de succession est de 6 mois lorsque le décès intervient en France. Si un paiement différé est envisagé, il doit être anticipé rapidement avec le notaire afin d’éviter une tension de trésorerie au moment du règlement.

Les erreurs à éviter avant de signer ou de déclarer

La première erreur consiste à utiliser l’âge approximatif de l’usufruitier. Le barème repose sur l’âge révolu au jour de la transmission, et une date anniversaire peut modifier la tranche applicable. La deuxième erreur est de raisonner sur la pleine propriété alors que seule la nue-propriété est transmise au nu-propriétaire.

  • Oublier les donations antérieures : elles peuvent réduire l’abattement encore disponible, notamment sur la période de 15 ans.
  • Confondre usufruit viager et usufruit temporaire : le barème présenté concerne l’usufruit viager ; un usufruit temporaire obéit à une logique différente.
  • Négliger la preuve de valorisation : conserver les estimations immobilières, actes notariés et justificatifs facilite la cohérence de la déclaration.
  • Ignorer l’accord nécessaire en cas de vente : un nu-propriétaire ne vend pas seul la pleine propriété si l’usufruit existe encore.

Pour sécuriser le calcul, il est préférable de réunir la valeur actualisée du bien, l’âge exact de l’usufruitier, le lien de parenté, les donations déjà reçues et les éventuelles clauses de l’acte. Ces éléments permettent au notaire d’établir la base taxable et d’indiquer si un différé de paiement est envisageable.

En pratique, les frais de succession du nu-propriétaire ne sont donc ni inexistants ni calculés sur toute la valeur du bien. Ils dépendent d’un mécanisme précis : la valeur de la nue-propriété selon l’article 669 du Code général des impôts, les abattements applicables et la situation familiale. Une estimation fiable commence toujours par ce triptyque.

Élise de Montmirail

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